Je suis allé voir Twilight hier avec ma soeur. Ha, je m'excuse. Il ne s'agit pas de «Twilight» mais bien de «Twilight: la Fascination». Quels enfoirés ces français de France.
Ça manquait cruellement de scènes de sexe. Un film de vampire comprend obligatoirement une ou deux scènes ou l'héroïne sexy, de préférence en lingerie fine ou en nuisette, se fait mordre par le beau prince des ténèbres et où la douleur atroce qui la transperce se teinte d'une sensualité exacerbée se confondant avec un orgasme foudroyant. Non?
Humhum. Bref. Il y avait des trucs bien, comme au moment où Edward fait une entrée spectaculaire au volant de sa voiture dans le parking où Bella allait se faire faire sa fête par des soûlons. C'était bien envoyé et bien filmé. Il y avait aussi la scène où Edward joue du piano qui était pas mal.
Mais les dialogues étaient à CHIER et j'espère que le personnage d'Edward est plus soigné dans les livres car il m'emmerdait vraiment à faire son agace en mettant ses pouvoirs en valeur à tout bout de champ. Un peu de subtilité aurait été de mise. Et honnêtement, des vampires végétariens, j'ai rarement vu plus loser. Franchement! Pourquoi pas des dragons qui prennent des comprimés alcalins pour calmer leurs brûlures d'estomac, un coup parti? Et anyway, c'est quoi le trip des vampires qui brillent comme des diamants au soleil? D'où ça sort? Un vrai vampire CRAME au soleil. Et où sont les crucifix, l'eau bénite et les gousses d'ail? Il n'y a même pas la scène essentielle où Bella et Edward auraient dû s'embrasser devant un miroir où seul le reflet de Bella serait apparu. Vraiment, des lacunes flagrantes.
Pour être classe, un vampire n'a pas seulement à être beau comme un dieu et pâle comme la mort. Pour être classe, un vampire se doit de boire du sang humain toutes les nuits. Il se doit d'être cruel et terrible, même s'il camoufle la noirceur de son âme sous des charmes apolloniens, une plastique impeccable et des manières de gentleman. Je n'ai rien contre le fait qu'Edward tombe amoureux, mais qu'il soit aussi gentil, parfait et pacifique, comme sa famille de vampires de pacotille, trop lâches pour assumer leur nature de buveurs de sang, m'énerve.
Voyez plutôt MA version: Edward est un tueur nocturne qui saigne les jeunes filles, vierges autant que possible (afin de donner une touche de plus à la scène de sexe décrite plus haut) dans leur sommeil. Il prévoyait faire subir le même sort à Bella mais découvre qu'il est incapable de lire dans ses pensées. Fasciné, il tombe en amour avec elle et la cruise à l'os. Bella, évidemment, cède au charme placide de ce bel inconnu blême et la découverte de sa nature de vampire la rend encore plus folle de lui. Son amour passionnel est teinté de la terreur de savoir que son Roméo est un assassin et un buveur de sang et qu'il est responsable des morts étranges qui frappent bien des jeunes femmes de la région. Elle est évidemment incapable de le dénoncer non seulement parce qu'elle est folle de lui mais parce qu'Edward, en dépit de son attitude d'amoureux passionné, l'avertit qu'il la tuera si elle dit quoi que ce soit. Victime d'une sorte de syndrome de Stockholm version vampire qui la rend encore PLUS folle de lui, Bella se retrouve complètement esclave d'Edward dans une histoire d'amour impossible, torturée et ténébreuse. Traversée épisodiquement, bien sûr, par des scènes de sexe torrides et sanglantes. Bien sûr.
Il manque aussi un personnage vital pour compliquer encore les choses: le chasseur de vampires. J'imagine un jeune adulte (puisqu'il faut rester dans le contexte lycée-ados-histoires d'amours quétaines) au regard sombre et au passé violent, qui a assez de ventre pour attacher quelqu'un sur une chaise et lui brûler les yeux au briquet. Il pourrait s'appeler Vladimir, par exemple, et il pourchassait Edward depuis plusieurs années avant de le retracer à Fox. Il s'inscrit au collège de Bella et voue un intérêt particulier à Edward. En découvrant que celui-ci sort avec Bella, il se lie d'amitié avec elle en tentant de l'approcher.
Non seulement cela donne lieu à un intéressant triangle amoureux, mais ça donne aussi matière à des scènes incroyables puisque Edward, jaloux, finit par confronter le chasseur de vampires et découvrir la vérité. S'ensuit une bataille mémorable impliquant un bon nombre d'items sortis de l'office catholique romain. Témoin impuissant, Bella est déchirée entre son amour passionnel pour Edward et le bien évident que représente Vladimir, qui veut faire cesser ses crimes. Évidemment, puisque c'est une histoire sombre, Edward finirait par tuer le chasseur, non sans lui avoir laissé le temps de déclarer son amour à Bella en baignant dans une mare de sang. Elle aurait donc une mort de plus sur la conscience.
Fin du film: Edward entraîne Bella en larmes au coeur de la nuit, loin du cadavre sanglant de Vladimir qui gît sur le bitume, un crucifix brisé à la main. Fondu et générique sur la chanson Fade to Black de Metallica.
Il y a toujours moyen de rendre les choses intéressantes.